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21 juillet 2011 4 21 /07 /juillet /2011 11:06

Dans un avis publié au journal officiel du 12 juillet, Jean-Marie Delarue, Contrôleur général des lieux de privation de liberté, s'est intéressé aux conditions de travail du personnel chargé de la surveillance et de la sécurité.

 

Il met tout d'abord en avant le fait difficilement contestable que celles-ci avaient des conséquences sur le respect des droits fondamentaux en prison, en garde à vue, en rétention ou encore dans le cadre d'une hospitalisation sans consentement en institant notamment sur l'importance de la relation humaine à l'égard de la personne captive.

 

Vient alors le moment du constat et il semble sans appel :
"tant les relations entretenues avec les administrations compétentes que les thèmes soulevés par les organisations professionnelles ou que les entretiens confidentiels largement pratiqués par le contrôle général sur ses lieux de visite mettent en avant nombre de souffrances au travail."

 

Plusieurs éléments sont invoqués pour expliquer cette situation tels que l'isolement de certains agents, le développement des techniques alternatives ou non à la présence humaine (ce qui renvoie principalement à la vidéo-surveillance), les tensions croissantes avec la population prises en charge et en particulier la question de la violence, le manque de repères des individus privées de liberté qui peuvent parfois se cumuler avec des problèmes psychyologiques peu ou pas traités...
Tout cela contribuerait à rendre "différent, délicat, parfois très difficile l'exercice des missions qui sont confiées aux agents publics de surveillance et de sécurité, qu'ils soient issus de la police, de la gendarmerie, des douanes ou de l'administration pénitentiaire."

 

Tout en relevant que ces situations sont actuellement pris en charge d'une part par la hiérarchie et d'autre part par l'existence d'une solidarité entre collègues, Jean-Marie Delarue propose d'aller plus loin et de mettre en place, voire de généraliser, des mécanismes pour faire face à ces problèmes.

 

Il veut offrir la possibilité à un agent "pendant son temps de travail ou hors de ce dernier, sur son lieu de travail ou non, d’évoquer en toute confiance, dans le cadre d’une relation égalitaire, la manière dont il accomplit sa tâche, en particulier lorsque celle-ci lui pose des difficultés particulières qui peuvent retentir jusque dans sa vie personnelle, de manière à mieux en maîtriser les éléments" ; le tout en s'appuyant, si besoin, sur l'exemple d'initiatives actuellement développées à une plus faible échelle ou pour d'autres professions.

 

Le Contrôleur général précise que les instruments nécessaires devraient fonctionner en dehors de toute hiérarchie (qui pourrait freiner certains participants) et pourraient prendre des formes multiples et variées (entretiens individuels, échanges collectifs avec d'autres agents du même niveau ou pas, avec des professionnels qualifiés...)

La décision de recourir à de telles solutions serait prise uniquement par l'agent de manière totalement libre ; l'administration se contentant d'effectuer la mise à disposition des moyens utiles.

 

Il compte également sur les organisations professionnelles pour soutenir la multiplication de ce type d'initiatives.

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21 décembre 2010 2 21 /12 /décembre /2010 05:30

Je me permets de reproduire ici l'édito prononcé le vendredi 17 dcembre 2010 par Audrey Pulvar dans son émission matinale sur France inter

 


 

Ignominie ou rappel à notre condition de simple partie prenante du monde animal ?

 

L’information était en germe depuis plusieurs semaines, mais on se prenait à imaginer que non, ça, ils ne le feraient pas… Eh bien oui. Ils l’ont fait.

Les Etats-Unis de Barack Obama se sont une nouvelle fois abaissés aujourd’hui, en exécutant un condamné à mort par injection d’un anesthésiant prévu pour euthanasier… les animaux !

Le produit habituel manquait.

Le seul laboratoire fabriquant, aux Etats-Unis, l’anesthésiant autorisé par la Cour Suprême, du Thiopental, est en rupture de stock.

Qu’est-ce que vous faites dans la vie ? Je fabrique le produit anesthésiant les condamnés à mort…

 

La production de Thiopental doit recommencer d’ici trois mois, mais plusieurs états, comme l’Oklahoma, en sont démunis, ils n’ont plus de réserve.

Pas question pour autant de reporter l’exécution de John Duty, à l’image de ce qui a été décidé pour plusieurs condamnés à morts du Kentucky et de Californie.

Vite, vite avant Noël, en finir avec cet homme, condamné à mort en 2002 dans l’Oklahoma, pour le meurtre, un an avant, de son co-détenu.

Quand il l’a étranglé, John Duty purgeait, pour viol, vol à main armée et fusillade avec intention de tuer, trois peines de prison à vie consécutives, puisqu’aux Etats-Unis les peines s’additionnent et non se confondent. Il était déjà en prison depuis près d’un quart de siècle. Sa victime était âgée de 22 ans. Au moment de son procès, Duty avait plaidé coupable, refusé que son avocat fasse valoir des circonstances atténuantes et réclamé lui-même une condamnation à mort…

 

6 petites minutes ont suffit, entre l’injection et le décès constaté du condamné. 6 longues minutes, une éternité pour une honte absolue. C’est la première fois, dans l’histoire connue des condamnations à morts aux Etats-Unis, qu’une dose massive de Pentobarbital, anesthésiant vétérinaire, est utilisée pour tuer un condamné.

Les avocats de John Duty estiment que leur client a été un cobaye et dénoncent le fait qu’aucune expertise ou études scientifiques ne permettait de connaître les effets du produit, la douleur éventuelle ressentie par un humain soumis à une telle dose de Penthobarbital. Ni de savoir s’il suffisait à le rendre insensible aux deux autres produits nécessaires à l’exécution. Une deuxième injection pour paralyser les muscles de l’exécuté, une troisième pour provoquer l’arrêt cardiaque.

Ils ont épuisé tous les recours pour éviter une telle décision. Une cour d’appel fédérale a estimé que la quantité prévue d’anesthésiant suffirait à plonger très rapidement Duty dans l’inconscience, voire suffirait à le tuer.

Moins répréhensible, plus morale que la balle dans la nuque qui vaut à Pékin les critiques des défenseurs des droits de l’Homme dans le monde entier ? Vraiment ?

 

 

Audrey Pulvar

 

 


à lire aussi sur le blog :

 

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14 novembre 2010 7 14 /11 /novembre /2010 18:54

Je me permets de reproduire ici l'édito prononcé le mercredi 10 novembre 2010 par Audrey Pulvar dans son émission matinale sur France inter


 

 

 

Voyons… 1982 à 1992, 10 ans, 1992 à 2002, 10 ans, 2002 à 2010, 8 ans, 10 puis 10 puis 8. Cela fait bien 28 ans que Mumia Abu-Jamal est emprisonné dans le comté de Pennsylvanie, aux Etats-Unis.

 

Condamné à mort en 1982 pour le meurtre, un an plus tôt, d’un policier. Crime qu’il a toujours nié. En décembre 2001, soit 20 ans après les faits, un tribunal fédéral a annulé sa condamnation à mort, pour la commuer en prison à vie, estimant que des erreurs dans la procédure du prononcé de la sentence rendait son premier procès irrégulier, sans pour autant remettre en cause le principe de sa culpabilité. Annulation de sa condamnation à mort confirmée en 2008, avec impossibilité qu’un nouveau procès soit organisé. Annulation remise en cause par la Pennsylvanie, qui a recu le soutien de la Cour Suprême et demande à une Cour d’appel de prononcer une nouvelle sentence de mort. L’examen de cette requête a débuté hier et la Cour d’Appel de Philadelphie pourrait mettre plusieurs mois à se prononcer.

 

Ce n’est pas la première fois que l’Amérique essaie de se débarrasser de Mumia Abu-Jamal. En 1995 et 1999, c’est l’ampleur de la mobilisation internationale qui avait fait trembler la main du juge et retardé son exécution. Dans le monde entier, ses soutiens demandent la tenue d’un nouveau procès, quand ce n’est pas tout simplement la libération de l’un des plus anciens prisonniers des Etats-Unis, dans l’Amérique de Barack Obama, si si. Les avocats de Mumia Abu-Jamal estiment que la procédure de 1982 était entâchée de racisme et réclament également un nouveau procès, afin de démontrer l’innocence de leur client.

 

Certains voient dans ce cas tellement emblématique une affaire politique : après tout, Mumiah Abu Djamal était un militant des Blacks Panthers et un journaliste indépendant engagé, surnommé « la voix des sans voix », quand il a croisé la route du policier qu’on l’accuse d’avoir tué.

Il était surveillé par le FBI et avait eu plusieurs fois des démêlées avec la police.

 

Aujourd’hui Mumia Abu Jamal a le choix entre la mort en prison et la mort en prison. Soit par un nouveau prononcé de peine de mort, soit par la poursuite de son incarcération, ad vitam.

Qui devient-on ? Comment rester le même, au fond, tout au centre de soi, après 28 ans passés en prison et la perspective de n’en jamais sortir ? Mumia Abu-Jamal a 56 ans. Il lui reste peut-être de très longues années à vivre. 29 000 personnes ont signé une pétition lancée fin janvier et adressée à Barack Obama, des personnalités politiques, culturelles, des grandes voix du siècle se mobilisent depuis des années. En novembre 2002, une pétition de 250 000 signatures avait déjà été remise à la justice de Pennsylvanie. Les villes de Paris et de Bobigny l’ont fait citoyen d’honneur. Des élus français, qui l’ont visité en prison font part de sa combattivité intacte. Il n’y a pas de progrès sans lutte dit-il. L’Amérique aurait déclaré Abu-Jamal, est une immense prison pour la communauté Noire.

 

Hier, alors même que la Cour d’Appel de Philadelphie commençait le ré-examen de la suspension de sa condamnation à mort, les Etats-Unis rejetaient officiellement la demande formulée par le Conseil des Droits de l’Homme de l’ONU, d’abolir la peine de mort dans la proclamée première démocratie du monde.

 

 

Audrey Pulvar

 


 

 

 

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29 juillet 2010 4 29 /07 /juillet /2010 22:41

Alors qu'en France la ministre de la justice semble vouloir améliorer les conditions de vie carcérale, des rapports du contrôleur général des lieux de privation de liberté publiés au journal officiel montrent une situation très alarmante concernant l'île de Mayotte qui sera pourtant bientôt un département français.

Des visites de plusieurs jours ont été faites en mai et juin 2009 au centre de rétention administrative de Pamandzi et à la maison d'arrêt de Majicavo ; des rapports ont ensuite été établis et le constat est inquiétant.
Jean Marie Delarue, contrôleur général des lieux de privation de liberté a d'ailleurs décidé, comme la loi l'autorise, de rendre public un certain nombre d'informations en rédigeant préalablement une liste de recommandations communes aux deux lieux en question ; et il n'y a vraiment de quoi se réjouir.

 

Selon ces constatations,"les conditions de vie des personnes retenues et détenues sont indignes. Les locaux présentent de graves insuffisances et affectent le respect du droit à l’intimité et à l’intégrité. Les conditions d’hébergement et d’hygiène portent d’évidence atteinte aux droits fondamentaux des personnes présentes."

On peut notamment lire dans l'un des rapports :


"le jour de la visite, 140 personnes, adultes et enfants, se trouvaient dans les deux salles de rétention dont la surface cumulée est de 137 m2 :

– les personnes retenues vivent dans une grande promiscuité et sans la moindre intimité ;

– le centre n’est pas équipé de lit et chaque personne ne dispose pas de sa propre natte de couchage. Les personnes sont assises ou allongées par terre. Les enfants en bas âge sont dans les bras de leur mère et

n’ont pas davantage de lit ;

– les hommes ne peuvent se rendre librement aux toilettes et aux points d’eau ;

– les toilettes à la turque et les cabines de douche sont en nombre insuffisant et dans un état dégradé ; elles donnent directement dans le hall et sont fermées par un simple volet de séparation d’un mètre de hauteur

et à cinquante centimètres du sol ;

– le carrelage mural est maculé de taches de sang séché provenant apparemment de moustiques écrasés.

– l’occupation quasi permanente des salles d’hébergement ne permet pas, de fait, leur entretien quotidien.

– bien que prévue par le règlement intérieur, aucune distribution de produits d’hygiène (brosse à dents,

dentifrice, rasoir ou shampoing) n’est effectuée à l’arrivée ;

– après la douche, la personne retenue ne dispose ni de serviette, ni de vêtement ou sous-vêtement propre."

et également dans un autre rapport :

"la suroccupation chronique et dramatique de l’établissement, avec un taux d’occupation lors de visite de

294 % au quartier adulte 2 et de 333 % au quartier fin de peine [...] une surface au sol inférieure par endroit à 2 m2 par personne ; une personne handicapée devant utiliser une chaise percée pour aller aux toilettes..."

 



Il note également que "les deux établissements visités ont une capacité insuffisante pour remplir leur mission."
A ce sujet, il faut préciser que théoriquement le ministère de l'immigration devrait conclure un marché pour la construction d'un nouveau centre mais rien de concret n'a été fait pour le moment.

Mais de toute façon, Jean Marie Delarue préconise d'agir rapidement, sans attendre l'arrivée de nouvelles structures, et cela est possible : il y a des petites choses qui peuvent être faites dans l'immédiat en commençant par respecter les règles devant s'appliquer dans de tels lieux.

Il rappelle notamment des principes simples comme le droit à l'information pour les personnes placées en rétention, être mis en mesure d'exercer effectivement leurs droits notamment celui de demander l'asile ou de se faire accompagner par une association ou un avocat.

Enfin, le contrôleur général insiste sur deux derniers points.

 

Tout d'abord, il s'arrête un instant sur la situation des mineurs qu'ils soient les enfants de personnes placées en rétention ou qu'ils se retrouvent abandonnés suite à la reconduction de leurs parents.
Il précise alors qu'une attention particulière doit être portée tant pour la clarification de leur état civil que pour les modalités de la prise en charge.

Enfin, il souhaite également que prime sur toute autre considération le maintien des liens familiaux.
Il considère que lorsque, par exemple, on a un conjoint en centre de rétention on doit pouvoir venir lui rendre visite sans courir le risque d'être interpellé parce que l'on est soit même sans papiers.
Il ajoute que même que "la lutte contre l'immigration clandestine ne saurait restreindre le droit à la vie familiale."

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11 mai 2010 2 11 /05 /mai /2010 15:55

Ce soir, après la diffusion d'un nouveau numéro de "Faites entrer l'accusé", Christophe Hondelatte animera un débat dont le contenu semble se résumer en une question : la Prison peut-elle changer un homme ?

 

Se poser la question, c'est déjà ne pas en être totalement sûr...

 

Pourtant, le jeune étudiant en droit apprend très vite en suivant les premières heures du cours de droit pénal général que l'incarcération n'est qu'une peine parmi tant d'autres visant notamment à sanctionner le comportement d'une personne lorsque celui-ci se trouve être constitutif d'une infraction parce qu'il porte atteinte à l'intérêt général.

 

Il découvre ensuite que la peine (et donc l'incarcération) a plusieurs fonctions ; certaines semblent logiques et sont connues de tous, d'autres un peu moins...

 

La première idée qui vient à l'esprit lorsque l'on parle de peine et notamment lorsqu'il s'agit d'envoyer quelqu'un derrière les barreaux, c'est bien sûr la répression.
En effet, l'infraction -le comportement de la personne- a causé un mal à la société ; pour le réparer, l'auteur des faits doit "payer sa dette"... Le ministère public, au nom et pour le compte de la société, doit lui infliger la peine qui convient à la situation en respectant les grands principes du droit pénal.

 

Mais, ce n'est pas tout...

La peine a aussi une fonction dissuasive ou intimidatrice.
Là, il s'agit de se tourner vers l'avenir : éviter que les faits soient de nouveau réalisé.
La prévention concerne dans ce cas aussi bien l'individu condamné que l'ensemble de la société.

 

 

Et le jeune étudiant en droit constate aussi que la peine a encore une autre raison d'être sans doute un peu moins concevable de nos jours : la réadaptation ou réinsertion du détenu...

L'institution judiciaire ne se contente pas de punir en voulant dissuader les membres de la société de commettre des actes répréhensibles.
En théorie, dès le prononcé de la peine, c'est un nouvel objectif qui s'annonce : préparer la sortie de prison, prévoir le retour le retour de l'auteur des faits dans la société (dont il est, même si certains en doute parfois, un des membres)

En effet, contrairement à ce que quelques personnes voudraient croire, une personne condamnée à une peine privative de liberté ne doit pas devenir un paria qui ne mérite plus d'appartenir à la société...

Elle porte atteinte à l'intérêt général, elle est condamnée pour cela, elle "paye sa dette à la société" et c'est tout : pas d'autre condamnation... du moins en théorie

 

Que chacun se rassure : la prise en compte de la victime est bien présente notamment depuis la loi dite "Perben II" qui a, entre autre, permis de consulter la victime sur le sort du condamné même pendant l'exécution de la peine.

 

L'étudiant n'oublie en général pas de retenir que tout cela est précisé dans les articles 132-24 du code pénal et 707 du code de procédure pénale ainsi que dans une décision du Conseil constitutionnel du 20 janvier 1994.

 

 

C'est donc un fait : la peine a notamment pour fonction de préparer la réinsertion du condamné.

D'ailleurs, l'article 1e de la loi du 22 juin 1987 relative au service public pénitentiaire fixe clairement les missions de l'administration pénitentiaire : la participation à l'exécution des sanctions, la sécurité et la réinsertion des personnes qui lui sont confiées par l'autorité judiciaire.

 

Si on se limite au volet qui nous intéresse, tout est prévu...du moins dans les textes ; les choses sont tellement bien faites que la plupart des dispositions sur le sujet sont regroupées dans un chapitre du code de procédure pénale sobrement intitulé "des actions de préparation à la réinsertion des détenus"...

 

Rien que l'indication des différentes sections donne envie de rêver :

 

- de l'assistance spirituelle

- de l'action socio-culturelle

- de l'enseignement et de la formation professionnelle

- des activités physiques et sportives

- de l'intervention socio-éducative

- ...

 

Bref, en théorie, tout est là pour recréer une société miniature, pour commencer le travail de réinsertion, pour multiplier l'effet resocialisant de la détention, pour aider l'individu incarcéré à se reconstruire...

 

Mais tout cela reste surtout théorique et la réalité est bien moins joyeuse...

Quant est il effectivement de toutes ces actions en milieu carcéral ?

Et ne parlons même pas des conditions de vie en détention, des suicides de détenu, de l'effet que cela peut avoir sur l'individu de vivre enfermé, de la qualité des soins, des détenus qui sont plus malades que coupables...

Et ne développons même pas sur le manque de moyens

Et puis, ceux qui disent que la prison est surtout l'école de la délinquance n'ont peut-être pas toujours tout à fait tort...

 

Et ne parlons même pas de l'image que peuvent avoir certains d'entre nous sur la population carcérale et sur la prison d'une manière générale.

 

[...]

 

Pour en revenir au débat de ce soir, en allant sur la page consacrée  à l'émission, on apprend que :

 

"La prison, Valérie Subra, Jean-Rémi Sarraud et Laurent Hattab l’ont fréquentée une vingtaine d’années.

 

Aujourd’hui, ils ont refait leur vie. Dans Faites entrer l’accusé, Jean-Rémi Sarraud raconte qu’il a payé sa dette, mais qu’il n’est plus le même homme. Il s’est marié en prison, avec une jeune fille qui venait le visiter. Il a eu un enfant mais les murs de sa cellule viennent encore le hanter. Grâce aux formations qu’il a suivies en prison, il travaille maintenant dans l‘informatique. Il lui a aussi fallu se reconstruire psychiquement après les deux meurtres auxquels il a participé. Un ami, aumônier l’y a aidé, en prison.

 

Comme lui, d’autres anciens détenus, tous criminels, viendront témoigner, sur le plateau de cette soirée spéciale, du travail de reconstruction, mais aussi de rédemption qu’ils ont du faire pour accepter leur peine et mettre à profit ce temps de réflexion… Quand d’autres viendront dénoncer le manque d’aide, dont ils ont souffert pour accomplir ce chemin et la force destructrice de l’enfermement. Ils pourront en débattre avec des représentants de l’administration pénitentiaire, des psychiatres spécialisés, ainsi que des avocats, et des aumôniers. Ensemble, ils tenteront de nous éclairer sur le travail qui est accompli ou non par l’administration pénitentiaire et la justice afin que les criminels puissent se réinsérer à leur sortie de prison."

 

Bref, pour certains, les bonnes personnes étaient là au bord du chemin..., la prison est parfois l'occasion de démarrer une nouvelle vie voire même de découvrir ce qu'est vraiment la vie y compris les règles qui l'encadrent.

Pour d'autres, cela semble plus compliqué

Mais pour tous, les choses ne sont pas simples

Même une fois sorti de prison, les murs ne sont jamais loin et le passé ne s'oublie pas comme ça.

 

La prison peut-elle changer un homme ?

Oui mais ce n'est pas si simple et le travail risque de devenir encore plus complexe au regard de la tendance scyzophénique qui d'un côté tend à toujours plus de facilité à l'incarcération et de l'autre dénonce le phénomène de surpopulation carcérale...

 

Ce genre d'émission aura peut-être au moins le mérite de rétablir certaines vérités, de casser un peu les fantasmes qui entourent la récidive, de redire encore et toujours deux ou trois choses sur la réalité du monde carcéral notamment sur le fond du sujet où presque tout reste à faire pour améliorer la situation.

 

Mais son premier mérite sera peut-être d'intéresser un peu plus les téléspectateurs au monde de la prison, à la vie des détenus, au travail des membres de l'administration pénitentiaire...

 

Ne fermons pas les yeux trop facilement sur ce sujet... bien au contraire...

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22 avril 2010 4 22 /04 /avril /2010 06:54

Quelque part dans le Colorado. Un coin reculé de 36.000 âmes et 13 prisons. Prison Valley, c’est ça : un road movie intéractif dans une ville-prison où même ceux qui vivent dehors vivent dedans.

 

Ce webdocumentaire écrit et réalisé par le journaliste David Dufresne et le photographe Philippe Brault est un road-movie interactif d'un genre inédit, une plongée dans l'industrie carcérale américaine. Il va à la rencontre des habitants de Cañon City, bourgade paumée du Comté de Fremont dans le Colorado. Où même ceux qui vivent dehors, vivent dedans. Un complexe prisonnier – comme on dit complexe hôtelier – de 36.000 âmes et 13 prisons, dont Supermax, la nouvelle Alcatraz. Prison Valley met l'internaute au centre du débat, lui permettant de dialoguer directement avec les protagonistes du film, ou des intervenants extérieurs lors de forums thématiques. Images, sons, textes, documents ou posts enrichissent, au fil du temps, le récit en un passionnant débat collectif.

 


 

La justice a toujours été au coeur de la politique américaine, de son cinéma et de sa littérature. Prison Valley commencera, en quelque sorte, là où s'arrête Prison Break. Qu'est-ce que l'Amérique d'aujourd'hui ? Jusqu'où s'accommode-t-elle de ses propres folies ? Comment se regarde-t-elle ?

 

La dimension à la fois ordinaire et extraordinaire du Comté de Fremont, est centrale. La « vallée des prisons » offre des résonances contemporaines qui préfigurent l'avenir de notre propre société. Cañon City, c'est presque une ville modèle de ce que pourrait être le monde futur avec ses pénitenciers dernier cri, ses 16% de population incarcérée, et son Supermax, la prison des prisons, celle des Timothy McVeigh, Unabomber, Zacarias Moussaoui et tant d'autres.

 

Autrement dit : dans une société occidentale qui a fait le choix de l'enfermement, de la répression et du contrôle – plutôt que de la prévention et de l'éducation –, aller à Cañon City, c'est se plonger dans notre avenir. Ici, la crise économique, on ne connaît pas. Ou peu. Il n'y a pas de suppression d'emplois. « On ne remet pas les prisonniers en liberté quand l'économie va mal ». Ici, « la récession qui frappe l'Amérique » est amortie. Parce que derrière les murs, il y a 7 735 détenus et autant d'emplois stables directement liés à ce qu'il faut bien appeler par son nom : l'industrie de la prison.

 

Prison Valley raconte le mélange qui s'opère dans cette vallée du Colorado. Prison. Industrie. Rentabilité. Main d'œuvre. Détenus. Incarcération. Toujours, et encore. Prison Valley, c'est ça : un road-movie dans une « version clean de l'enfer ». Cette idée traverse tout le documentaire. Tout comme la tranquillité qui se dégage de ses personnages : la vallée de Cañon City est paisible. Elle renferme pourtant le pire de l'Amérique. Les internautes passeront sans cesse d'un extrême à l'autre, pour aller à la rencontre de ces protagonistes qui parlent volontiers. Comme le font les Américains, qui se savent confusément universels.

 


À la croisée du cinéma documentaire, de la photographie et de l'interactivité, Prison Valley se propose de renforcer la place du spectateur, en le remettant au coeur du débat. Une des promesses originelles de l'Internet.

 

Le récit principal autonome est un carnet de route au «nous» narratif, englobant d'emblée le spectateur. À différents noeuds de ce récit, des portes s'ouvrent sur des «zones interactives», chacune différente : débats, expériences, compléments. Des extensions qui se fondent totalement dans le corps même du récit, en se situant dans des éléments du décor naturel. Et lorsque l'internaute en ressort, il reprend l'histoire là où il l'a laissée.

 

Une première dans le cadre d'un webdocumentaire et du documentaire tout court : à intervalles réguliers, certains protagonistes du film seront disponibles pour discuter et répondre aux internautes. Connectés au programme, ils pourront prendre connaissance des questions qui leur sont soumises et apporter éclairage, réponses et réactions.

 

Avec Prison Valley, le spectateur n'est donc pas isolé. Il visualise les autres utilisateurs connectés. Il peut, à des moments choisis, les rencontrer, échanger et débattre durant son visionnage. Et participer aux débats dans les forums thématiques.

Des portfolios sonores permettent également de s'immerger encore davantage dans l'atmosphère de Prison Valley. Des séquences fortes qui se clôturent sur le recueil des impressions des internautes.

 

Prison Valley est appelé au fil du temps à s'enrichir des débats qu'il va susciter : analyses, chiffres clés, études prospectives, tribunes, interviews, etc. Sociologues, philosophes, économistes et responsables politiques seront invités à réagir. Le programme va également largement communiquer avec le public, en privilégiant les réseaux sociaux FaceBook et Twitter.


 

http://prisonvalley.arte.tv/

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16 avril 2010 5 16 /04 /avril /2010 12:00

Cet article n'est que pure théorie, rien que l'intitulé le prouve...


 

J'ai lu récemment un article sur le site de rue89 dans lequel il était question d'une affaire tout ce qu'il y a de plus banal en théorie..., j'ai fait tout de même quelques recherches pour en savoir un peu plus.


Une chaîne de télévision française (en l'occurrence Canal +) avait pour projet de diffuser un téléfilm en plusieurs parties sur la vie d'un homme.
Ce dernier, apprenant la nouvelle, assigna en référé la chaîne de télévision ainsi que la société de production car il estimait que le film portait atteinte à son droit à l'image et à la présomption d'innocence.
Son avocate demanda de pouvoir voir une copie et de suspendre la diffusion pendant trois mois ; le temps que son client puisse faire des observations. Elle ajouta qu'il ne s'agissait pas d'une censure ou d'une tentative d'interdiction mais simplement du respect du droit.

 

 

L'avocat du producteur invoqua un argument largement admissible :
"Personne n’a jamais obtenu satisfaction sur le terrain du contrôle préalable, on n’attaque pas une œuvre avant sa diffusion... cela n’a aucun sens, c’est comme si pour faire un livre sur Ben Laden il fallait son accord"

 

Le jugement est allé dans ce sens en déclarant que la demande faite constituait une mesure injustifiée radicalement contraire à la liberté d'expression.

 

On reconnaît là l'influence de la cour européenne des droits de l'Homme.

En effet, l'article 10 de la convention fixe comme principe le droit pour chacun à sa liberté d'expression tout en précisant que celle ci peut être limitée dès lors que la loi le prévoit, que l'ingérence poursuit un des buts légitimes prévus et que cette limitation est nécessaire dans une société démocratique.

Reste à d'interroger sur la décision rendue au regard e ses éléments...

 

Imaginons juste un instant que l'on fasse un film sur vous de votre vivant, quelle serait votre première réaction ? ne voudriez vous pas visionner le film avant sa diffusion au public pour au moins vérifier l'image que l'on donne de vous ?

 

Précisons que dans ce cas l'homme en question s'appelle Ilitch Ramirez Sanchez (mieux connu sous le nom du terroriste Carlos) et que le film vise à relater son existence.

Cela change quelque chose pour vous ?

En lisant certains commentaires suite à l'annonce de cette nouvelle, il est permis de se poser la question.
Et pourtant, l'interrogation n'a pas de raison d'être...

 

Un détenu reste un homme comme les autres, il est juste privé de sa liberté d'aller et venir... et, théoriquement, rien d'autre...sauf en cas de peine complémentaire entraînant une situation différente
Tous ces autres droits demeurent ; à commencer par le droit de les faire respecter.
Ce n'est pas parce qu'un homme est derrière des barreaux que sa vie entière s'arrête ; n'en déplaise à certains...

Un détenu peut théoriquement s'instruire, suivre des formations, faire du sport, se cultiver, travailler, correspondre,se marier, avoir une vie privée et familiale (même s'il est permis de s'interroger sur les conditions d'exercice de ce droit), peut faire respecter ses droits devant la justice...

 

Cela, Carlos l'a vite compris et il a su avoir recours à la justice quand cela lui semblait utile ; il a ausi offert à la jurisprudence quelques décisions devenues célèbres pour certains juristes.

 

 

Il y eu tout d'abord son retour en France un peu prématuré qui donnera lieu à un arrêt de la cour de cassation du 21 février 1995 dans lequel la chambre criminelle valide la procédure au cours de laquelle les autorités soudanaises, en dehors de toute convention, auraient gentiment remis l'individu à la France ; son interpellation n'ayant eu lieu que sur l'aéroport de Villacoublay dans les conditions prévues par le code de procédure pénale.

Bref, un miracle : le Soudan décide de mettre hors de son territoire Carlos et les autorités françaises le retrouvent presque par hasard sur le territoire national suite à une information reçue par un commissaire de la DST.

 

Le même fait a eu le droit a un passage devant la commission européenne des droits de l'Homme.

Les juges de Strasbourg ont alors eu une magnifique argumentation pour conclure qu'il n'y avait pas eu de violation de l'article 5 de la convention : il n'y a pas eu d'activité illégale des autorités françaises à l'étranger puisqu'il existe le consentement de l'Etat soudanais...

Bref, pour  eux, le principe de consentement de l'Etat va suffir à permettre une action des autorités d'un autre Etat alors que la plupart des droits internes exigent une convention ou au moins un certain formalisme ; ne serait ce que pour respecter un fameux principe de souveraineté.

 

 

 

Ilitch Ramirez Sanchez a encore sollicité la justice pour une toute autre affaire.

Il s'agissait cette fois de la question de la mise à l'isolement.

Théoriquement, il ne s'agit pas d'une mesure disciplinaire : ce n'est pas destiné à punir mais seulement à mettre à l'écart pour des raisons de sécurité ; l'individu n'est privé ni de correspondance ni de visites ni de promenades mais seulement des activités en contact avec d'autres détenus.

Mais dans les faits, il s'agit bien souvent d'une sanction déguisée surtout que peu de prisons ont un quartier d'isolement différent du quartier disciplinaire...et là , le détenu ne peut pratiquement plus travailler et n'a quasiment plus de contact humain, bref, totalement désocialisant, et cela peut durer plusieurs mois voire même plusieurs années... 8 ans pour monsieur Ramirez Sanchez....

 

Mais la cour européenne des droits de l'Homme n'a pas condamné la France pour violation de l'article 3 car l'exclusion d'un détenu de la communauté carcérale ne constitue pas un un traitement inhumain mais un isolement sensoriel et social total peut détruire la personnalité et ne saurait se justifier par une exigence de sécurité ou toutes autres raisons.

En l'espèce, les juges ont décidé qu'il n'y avait pas d'isolement sensoriel et social total donc pas de traitements inhumains et dégradants.

 

Pour finir par une note plus positive, notons que Carlos a au moins pu bénéficier d'un de ses droits : celui de se marier et son épouse est également son avocate...

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